Taikomoji kalbotyra
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Taikomoji kalbotyra, 15: 9–25 eISSN 2029-8935
https://www.journals.vu.lt/taikomojikalbotyra DOI: https://doi.org/10.15388/Taikalbot.2021.15.2

Des connecteurs aux particules d’extension, le sens de sipa ki du créole mauricien

Shimeen-Khan Chady
Université de Paris / University of Paris
chadyshim@gmail.com

Résumé. Des chercheurs admettent que les particules d’extension conservent une partie du sens des éléments qui les composent mais se dotent d’une valeur intersubjective. C’est la question que je pose ici concernant la particule d’extension sipa ki du créole mauricien, construite à l’aide du connecteur sipa. À partir d’une analyse fine des occurrences d’un corpus de six heures de conversations ordinaires recueillies en 2014, je montre comment la particule d’extension sipa ki joue un rôle dans la co-construction des rapports conversationnels. En permettant à l’énonciateur de construire son discours et de montrer son attitude face à celui-ci, sipa ki fournit non seulement des informations sur la façon dont les énoncés doivent être interprétés, mais sollicite aussi des connaissances (supposées) partagées entre les interactants pour la reconstruction du message. J’avance que les effets de sens de la particule d’extension sipa ki reposent en partie sur le sens du connecteur sipa à partir duquel elle est construite et qui présente, par ailleurs, aussi une valeur intersubjective.
Mots-clés : particules d’extension ; créole mauricien ; marqueurs discursifs ; connecteur ; sipa ki ; interaction ; pragmatique

From connectors to extension particles, the meaning of sipa ki in Mauritian Creole

Abstract. The extension particles are not considered as discourse markers by all researchers mainly considering the grammatical function the connectors which they are based on can present. However, as for discourse markers which “desemantisation” has been revoked, other researchers argue that extension particles maintain part of their original meaning while endorsing an intersubjective value. I try to study this question in this article for the Mauritian Creole extension particle sipa ki which is formed on the connector sipa. A fine-grained conversational and pragmatics analysis of 6 hours of ordinary conversations, collected in 2014 shows how sipa ki plays a part in conversational relation co-construction. While helping the enunciator to construct their own discourse and showing their attitude towards it, sipa ki provides information on the way the sentence has to be interpreted by soliciting (assumed) shared experience by interlocutors for message reconstruction. I argue that speech effects provided by extension particle sipa ki partly rely on the meaning of connector sipa on which it is constructed and which also holds an intersubjective value.
Keywords: extension particles; Mauritian Creole; discourse markers; connectors; sipa ki; interaction; pragmatics

Copyright © 2021 Shimeen-Khan Chady. Published by Vilnius University Press.
This is an Open Access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution Licence, which permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, provided the original author and source are credited.

1. Introduction

Les particules d’extension (et tout, ou quoi, etc.), caractéristiques de l’oral, sont parfois perçues comme contribuant à rendre un discours vague et approximatif (Dines 1980). Cependant, les recherches de ces quarante dernières années ont bien mis en avant leur rôle dans les nuances apportées au discours et les informations qu’elles transmettent sur la façon d’interpréter celui-ci. En effet, il est aujourd’hui admis que les particules d’extension, à l’instar des marqueurs discursifs dont elles sont parfois considérées comme une classe particulière, ont un sens que certains chercheurs qualifient de « procédural » (Aijmer 2002 ; Guerin & Moreno 2015). Ces chercheurs se basent, entre autres, sur la construction de ces particules, souvent liées au reste de l’énoncé à l’aide d’un connecteur conjonctif (par exemple et, ou en français, and, or en anglais), et avancent qu’elles conservent au moins une partie du sens de leur équivalent non discursif qui permettrait de saisir les nuances apportées au discours (Dines 1980 ; Dubois 1992). Cette différence de nuances est, par ailleurs, ce qui empêcherait de considérer l’ensemble des particules d’extension comme variantes d’un seul et même élément. C’est l’hypothèse que je soutiens dans cet article et que je cherche à illustrer à l’aide de la particule d’extension sipa ki du créole mauricien.

Mon analyse, essentiellement qualitative, s’inscrit dans mon objectif de départ de sociolinguistique interactionnelle qui consistait à étudier les pratiques langagières de jeunes en milieu plurilingue (Chady 2018). En choisissant les marqueurs discursifs comme entrée de l’étude de la variabilité sociolangagière, une analyse des dimensions énonciatives et pragmatiques s’est imposée. L’une des questions posées dans mon travail concernait notamment la comparabilité des éléments étudiés, à savoir, les marqueurs discursifs qui semblaient avoir des variantes senties comme étant plus françaises pour les unes et plus créoles pour les autres1. Afin de répondre à cette question, il a été nécessaire d’analyser les fonctions de chaque occurrence pour voir si celles-ci étaient effectivement comparables, ce sont ces analyses concernant la particule d’extension sipa ki que je présenterai ici. Sipa ki est constitué de sipa que l’on retrouve en tant que conjonction dans le reste du corpus, sipa apparaît aussi en tant que marqueur discursif dans une position autre qu’en fin de segments, position typique des particules d’extension. Je cherche ainsi à savoir si un sens de sipa conjonction subsiste dans la particule d’extension sipa ki et si oui, lequel. Après avoir présenté différentes études sur la question du sens des particules d’extension, je présenterai les usages de sipa en tant que conjonction pour continuer avec celle de sipa ki, particule d’extension, et je chercherai à montrer en quoi sipa ki conserve une partie du sens de sipa au-delà d’un simple sens procédural que l’on attribue généralement aux particules d’extension2. Je convoquerai pour étayer ma position d’autres travaux en sémantique ainsi qu’en pragmatique et en analyse conversationnelle.

Mon analyse se base sur un corpus d’environ six heures de conversations ordinaires entre jeunes amis Mauriciens plurilingues et entre ces jeunes et leurs familles. Ces jeunes ont entre 16 et 19 ans et appartiennent à la moyenne bourgeoisie de Maurice. Les conversations sont plurilingues : français et créole mauricien (de base lexicale française), avec des parties mélangées où français et créole sont indissociables. Les conversations ont été auto-enregistrées par les jeunes en 20143. Les sujets sont divers et les conversations sont souvent réalisées autour d’activités communes comme le moment du repas, le suivi du fil d’actualités d’un réseau social ou la coiffure d’une fille par sa mère.

2. Généralités

2.1. Définition des particules d’extension

Les particules d’extension apparaissent dans la littérature scientifique sous différentes dénominations comme par exemple : clause terminal tags (Dines 1980) utterance-final tags (Aijmer 1985), ou general extenders (Overstreet 2000 ; Cheshire 2007). Ces travaux traitent sensiblement de la même chose. Ces particules se situent spécifiquement en fin de segments (énoncés ou syntagmes) et observent généralement une intonation particulière. Elles peuvent ainsi être caractérisées par des critères prosodiques, syntaxiques et sémantiques. Elles servent aussi à marquer la fin d’un énoncé en plus de constituer des marqueurs de connexion ou de changement de thème. Elles constituent en outre des éléments anaphoriques permettant d’extrapoler à partir de ce qui a été dit avant la particule d’extension (Dubois 1992 : 182). Leur emploi semble se limiter à une fonction discursive monologale, elles servent ainsi à la construction du discours du locuteur et ne sont employées ni de façon phatique ni en réactifs. Elles n’apparaissent pas non plus en ouvreurs ou conclusifs de l’interaction.

2.2. Appartenance aux marqueurs discursifs

Les différentes définitions des marqueurs discursifs que l’on retrouve dans la littérature n’incluent pas ou ne mentionnent pas toutes explicitement les particules d’extension. Pour Fischer (2000 : 26) ou Aijmer (2002 : 55), tous les éléments qui servent à la structuration du discours, au métalangage, aux changements de tours de parole, à la gestion du discours et de l’interpersonnel peuvent être considérés comme des particules discursives, ou des marqueurs pragmatiques. Elles considèrent que ces éléments indexent l’énoncé au locuteur et à d’autres aspects de la situation d’énonciation : « They indexically point to the speaker’s epistemic attitude to the utterance and affective attitude to the hearer as well as to the preceding and following discourse » (Aijmer 2002 : 55). Dans cette acception, les particules d’extension, participant aussi bien de la structuration du discours puisqu’elles marquent généralement la fin d’un segment, que de l’interpersonnel puisqu’elles font appel au partage de connaissances pour la reconstitution du message, entrent dans la définition des marqueurs discursifs. Aijmer (1985) est l’une des premières à considérer que les particules d’extension, qu’elle nomme utterance-final tags appartiennent à la catégorie plus large des marqueurs discursifs.

En considérant la liste récapitulative des caractéristiques des marqueurs discursifs établie par Dostie et Pusch (2007), nous relevons en revanche quelques critères auxquels les particules d’extension ne correspondent pas. Comme les marqueurs discursifs, les particules d’extension : (i) appartiennent aux classes morphologiques mineures et sont invariables, (ii) constituent souvent des unités prosodiques indépendantes et sont ainsi généralement extérieures à la structure de la phrase, (iii) sont optionnelles sur le plan syntaxique et leur absence n’entraîne pas d’agrammaticalité. En revanche, les marqueurs discursifs sont considérés comme ne contribuant pas au contenu propositionnel des énoncés, ainsi leur présence ou absence ne modifieraient pas la valeur de vérité des énoncés auxquels ils sont joints. En ce qui concerne les particules d’extension construites à l’aide de connecteurs, étant donné le rôle syntaxique et sémantique des connecteurs (qu’ils soient conjonctifs ou disjonctifs, inclusifs ou exclusifs), elles ont un statut particulier qui leur permet parfois d’influer sur le sens des énoncés auxquels elles sont jointes. En outre, les marqueurs discursifs « peuvent occuper différentes positions par rapport à un énoncé, s’ils ne sont pas utilisés comme mots-phrases » (Dostie & Pusch 2007 : 4), mais les particules d’extension se situent en fin des énoncés auxquels elles se rapportent. Pour finir, les marqueurs discursifs jouent un rôle au-delà de la phrase et relèvent de la macro-syntaxe du discours4, mais les particules d’extension semblent avoir un rôle surtout au niveau local.

Ferré (2009) se heurte au même problème de définition en se basant sur les 4 critères qui permettent à Schiffrin (1987) de catégoriser les marqueurs discursifs (repris par Fraser en 1999). Pour Schiffrin (1987 : 32) : (i) les marqueurs discursifs sont indépendants dans la structure syntaxique, (ii) ils se situent généralement en début d’énoncés (Fraser ajoute qu’ils doivent pouvoir se situer n’importe où syntaxiquement), (iii) ils se démarquent par des contours prosodiques et (iv) ils doivent pouvoir opérer à un niveau local et global du discours et sur différents plans du discours. Les critères de la situation et de la portée discursive des marqueurs discursifs empêchent de considérer les particules d’extension comme tels. Ces critères permettent à Ferré (2009 : 162) de dégager deux classes de particules d’extension : celles qui joueraient le rôle de « simples locutions adverbiales » dont la portée serait étroite et auxquelles seul le critère prosodique s’appliquerait et celles qui auraient un rôle de marqueurs discursifs auxquelles seule la position en initiale d’énoncé ne pourrait s’appliquer.

J’adopterai pour ma part la définition des particules d’extension de Dubois qui, suivant l’approche d’Aijmer lorsqu’elle affirme : « Because they serve to organize discourse in a specific way, extension particles are part of the larger set of discourse markers » (Dubois 1992 : 180), les considère comme des marqueurs discursifs. Les particules d’extension répondent ainsi aux critères suivants, principalement énoncés par Dubois (Ibid : 183) que je reprends ici par une brève traduction :

elles constituent un groupe rythmique accentué, séparé de ce qui précède et suit. Elles sont séparées de ce qui précède par une pause de durée variable dépendant de la vitesse d’élocution et/ou de la présence d’un connecteur5. La pause serait moins présente s’il y a présence d’un connecteur ;
elles apparaissent à la fin d’un syntagme mis en relief dans un énoncé ou à la fin d’un énoncé ;
elles ne sont pas mobiles ;
elles ne sont pas nécessaires d’un point de vue syntaxique, il est donc possible de les éliminer sans que la grammaticalité de la phrase ne soit affectée, on perdrait néanmoins une partie du sens de l’énoncé ;
elles ne peuvent apparaître seules comme sujet ou objet de verbe ;
aucun élément apparaissant dans ce qui la précède n’est répété dans la particule d’extension.

Par contre, les particules d’extension sont considérées comme des termes ou formules « courtes » par Dubois : « An extension particle is a word or short formula » (1992 : 179), mais comme pour les marqueurs discursifs, la taille ne semble pas être une caractéristique pertinente, celle-ci étant très relative.

2.3. Plan informationnel, énoncés incomplets ou imprécis ?

Pour Dubois, la présence des particules d’extension n’indiquerait pas que les énoncés dont elles dépendent sont incomplètes ou imprécises. Les particules d’extension seraient reconnaissables parce qu’elles partagent des caractéristiques discursives communes et deux fonctions principales : marquer la fin de l’énoncé dans lequel elles apparaissent et surtout, connecter le ou les élément(s) qui les précèdent à un ensemble conceptuel plus large auquel ils appartiendraient. Les locuteurs emploieraient les particules d’extension par souci de concision, elles leur permettraient de ne pas avoir à exprimer la totalité des possibilités d’un ensemble (Dubois 1992 : 182).

Pour Guerin et Moreno, les particules d’extension qui servent de balises au discours rapporté laisseraient aux interlocuteurs « l’initiative de reconstituer la suite des propos initialement tenus » (Guerin & Moreno 2015 : 74). Ainsi, si l’on devait considérer l’énoncé du locuteur comme n’étant pas incomplet, les particules d’extension marqueraient cependant, pour elles, que l’énoncé rapporté par le locuteur est incomplet.

Dines (1980) analyse la variation d’un ensemble de particules d’extension en anglais australien qu’elle appelle les clause terminal tags. Son analyse porte plus spécifiquement sur les particules suivant le modèle : and/or [pro-form] (like that) comme dans and stuff like that. Les set-marking tags, comme elle les appelle, sont perçus dans ses enquêtes comme des traits stigmatisants du discours de la classe ouvrière qui participeraient d’un discours vague et inexplicite. Mais Dines parvient à mettre en avant leur fonction discursive spécifique6, c’est ce qui lui permet d’ailleurs de les justifier en tant que variantes d’un même élément. Ces particules servent de signaux dirigés vers l’interlocuteur afin qu’il interprète le(s) élément(s) qui les précèdent comme un exemple illustratif d’un cas plus général. Les particules d’extension agiraient ainsi sur des « parties » pour les relier à des « ensembles ». Elles indiqueraient qu’une notion générale sous-jacente a été réalisée par un exemple spécifique (Dines 1980 : 21). Dines explique que la question de l’explicite et de l’implicite doit être considérée en prenant en compte le texte et le contexte. Le discours dans lequel apparaît la particule d’extension serait inexplicite uniquement si le locuteur interprète mal l’étendue des connaissances partagées avec l’interlocuteur. Il serait par ailleurs attendu de la part de l’interlocuteur une réaction si celui-ci ne comprenait pas les références du locuteur7, mais les cas étudiés ont montré qu’il y avait au contraire des feedbacks indiquant que les interlocuteurs suivaient bien la conversation. En revanche, Dines se demande si les particules d’extension ne seraient pas des indicateurs d’un discours fondé sur l’implicite dans le sens où, si celles-ci servent de marqueurs à des ensembles où des idées générales sont exprimées par des exemples spécifiques, elles marqueraient une orientation vers des significations « particularistes » plutôt qu’« universalistes ».

Dans son livre English Discourse Particles: Evidence from a corpus, Aijmer (2002) écrit un chapitre sur les particules d’extension qu’elle nomme Particles with vague reference ‘and that sort of thing’, elle les considère ainsi comme étant vagues ou approximatives. Elle les rapproche des haies linguistiques (Lakoff 1973), nécessaires dans le discours. Elle les nomme referent-final tag à cause de leur position particulière après un référent du texte qui les précède (Aijmer, 2002 : 212). D’un point de vue sémantique, elle considère qu’il s’agit de haies indiquant à l’interlocuteur d’interpréter ce sur quoi ces referent-final tags portent comme une partie d’une catégorie plus large, de créer un modèle ou une image sur la base d’une illustration. Elle leur attribue des fonctions telles que l’hésitation, l’approximation et l’intensité. Elles peuvent être analysées en tant que marqueurs de style et stratégies de politesse instaurant un terrain d’entente. Étant donné que les particules d’extension introduisent un élément d’incertitude (vagueness) dans les propositions, elles soulèvent des problèmes particuliers pour la sémantique des conditions de vérité. Cependant, dans leur valeur épistémique et affective, elles ont un sens procédural et n’affectent pas les conditions de vérité de l’énoncé auquel elles sont attachées. Aijmer (2002 : 212) explique que pour Overstreet & Yule (1997 : 251), il ne faudrait pas cantonner ces particules d’extension à des rôles de catégorisation, elles serviraient à marquer l’intersubjectivité. Ces particules d’extension, du point de vue de Channell (1994 : 173) impliquent la maxime de quantité (Grice 1979) rendant la contribution du locuteur aussi informative que requis. Les particules d’extension semblent en outre avoir une fonction de haies d’atténuation ou d’hésitation. Or something peut par exemple être interprété comme un manque d’engagement de la part du locuteur dans son discours ; d’ailleurs, Channell (1994 : 123) les appelle vague category identifiers.

Si les particules d’extension permettent au locuteur de ne pas citer l’ensemble des éléments d’une liste, elles donnent cependant des informations autrement importantes sur la façon d’interpréter les énoncés ainsi que sur la relation qui se joue entre les interlocuteurs.

3. La particule d’extension sipa ki

3.1. Formation de sipa ki

La particule sipa ki correspond dans sa construction à ce que d’autres chercheurs remarquent sur les particules d’extension, elle se compose d’un connecteur8 sipa, comme les particules d’extension et tout, et tout ça, et cetera, ou en anglais and stuff like that, and that sort of thing. Ce connecteur est suivi de ki qui fonctionne comme pronom interrogatif. On pourrait éventuellement, en prenant garde aux variations contextuelles, rapprocher cette particule du ou quoi français.

Les connecteurs ne sont pas toujours intégrés aux particules d’extension et sont souvent présentés comme introducteurs aux particules. Pour les particules d’extension du français montréalais sur lesquelles travaille Dubois, la chercheuse considère qu’elles sont généralement construites à partir d’un quantifieur, une particule, qui peut éventuellement être précédée d’un connecteur (puis, et ou ou) (Dubois 1992 : 181). Pour elle, les connecteurs sont surtout employés comme marqueurs discursifs pour accentuer ou introduire les particules d’extension et ce sont les quantifieurs qui imposent l’interprétation du sens des particules d’extension, un connecteur pourrait ainsi être utilisé uniquement par contrainte lexicale (Ibid : 193). À l’inverse, Aijmer (2002 : 212) parle de « parallel paradigm consist[ing] of or-tags (e.g. or something) […] Utterance-final tags are forms with the existential or universal quantifier which are used in special ways when they occur in tags formed with and and or. » Elle nomme reduced tags les particules d’extension sans connecteurs. Elle observe en outre une différence entre les particules d’extension formées avec le connecteur or et celles formées avec and.

Je considère pour ma part que sipa fait partie de la particule d’extension parce qu’on ne retrouve pas ki tout seul avec le même sens comme on pourrait par exemple retrouver tout ça sans le connecteur et. C’est sipa qui semble donner un sens à la particule, il y a certes une contrainte lexicale, mais cette particule semble fonctionner comme un tout basé sur le sens de ce connecteur. En outre, on remarque la présence de sipa kwa et sipa quelle affaire pouvant être considérées comme des variantes de sipa ki, ces particules sont ainsi utilisées en particules d’extension dans les mêmes fonctions. Sipa kwa et sipa quelle affaire sont principalement utilisées dans des ensembles (interventions ou conversations) plus français alors que sipa ki est utilisé dans des ensembles plus français et aussi plus créoles.

3.2. Description du connecteur sipa

Le connecteur sipa a « un correspondant non discursif sur le plan de la forme » comme l’observent Dostie et Pusch pour les marqueurs discursifs en général (Dostie & Pusch 2007 : 3). Les deux principaux usages de sipa pouvant être considérés comme non discursifs sont sipa conjonction de coordination et sipa conjonction de subordination.

Le Diksioner morisien (Carpooran 2011) montre la complexité de définir ce type de petits mots comme on le voit avec la définition de sipa :

SIPA [sipa] konz. Oubien, ouswa, sinon. Mo pa kone sipa li travay zordi. Fr. Si, soit ; Ang. Whether

Alors qu’on a une présentation comme conjonction (« konz. » pour « konzonksion »), on a d’un côté une association à d’autres conjonctions de coordination « ouswa, oubien, sinon » (‘ou bien’, ‘soit’, ‘sinon’) mais d’un autre côté, on a comme exemplification, une utilisation de sipa en tant que conjonction de subordination (‘Je ne sais pas s’il travaille demain’). Si la polyfonctionnalité et les différents sens sont difficilement pris en considération dans ce type de format dictionnairique, il faut ajouter que les descriptions de ce type de termes du créole mauricien font aussi grandement défaut.

3.2.1. Sipa en tant que conjonction de coordination

En tant que conjonction de coordination, sipa se situe entre deux ou plusieurs éléments pour présenter différentes possibilités :

(1) [996.60 s] DOR : mo ti krwar to fime sipa to bwar- in bwar enn de kout
[Fr] ‘Je croyais que tu fumais ou que tu buvais- genre que tu buvais de temps en temps’ (Enr10 : DOR - AMIS9)

Dans l’extrait ci-dessus, Dorian discute avec Fabien qui lui dit qu’il ne joue plus très bien au foot, Dorian pense que c’est parce que Fabien fume trop de cigarettes, mais Fabien répond qu’il ne boit ni ne fume. Dorian lui dit alors qu’il pensait qu’il fumait ou buvait. Sipa sert ici à Dorian à présenter deux possibilités.

3.2.2. Sipa en tant que conjonction de subordination

En tant que conjonction de subordination, sipa introduit une interrogation indirecte comme dans l’extrait suivant où Dorian ne se rappelle plus si l’enquêtrice est française :

(2) [686.56 s] DOR : non li enn franse- mo ‘a kone ki- mo pa kone sipa li franse/
[Fr] ‘non c’est une Française- je sais pas- je sais pas si elle est française’ (Enr11 : DOR – FAM)

Dans cet extrait, comme dans l’exemple donné dans le Diksioner morisien, l’utilisation de sipa se rapproche de celle du pronom subordonnant si créole :

« SI [si] adv. inter. Ki introdir enn propozision interogatif indirek. Mo demann mwa si li pou vini. Fr. si ; Ang. If ».

Si est, lui, présenté comme adverbe interrogatif alors que sipa est présenté comme conjonction.

Notons que sipa dans cette position n’apparaît que deux fois dans tout le corpus de 6h sur 141 occurrences de sipa.

3.2.3. Sipa et la non-exhaustivité

Dans ces deux emplois de sipa, on retrouve le même sens de non-exhaustivité. Les possibilités présentées à l’aide de sipa ne semblent pas toutes énoncées.

Dans l’extrait (1) par exemple, Dorian cite des exemples qui sont à associer à un ensemble plus large. Fumer et boire de l’alcool peuvent être considérés des habitudes, parmi d’autres, néfastes pour le jeu de foot de Fabien.

On remarque ici que sipa, en tant que disjonction, présente un ensemble d’éléments inclusif, c’est-à-dire que l’un et/ou l’autre des éléments (fumer et/ou boire) serait une raison éventuelle de la baisse de performance au foot de Fabien. Mais l’usage de sipa dans ce contexte indique qu’il pourrait aussi y avoir une autre raison non citée ici.

Dans l’extrait suivant, Christophe ne se rappelle plus le terme employé par un homme politique et sipa lui sert à présenter deux des possibilités sur lesquelles il hésite :

(3) [1844.29 s] CHR: li dir apel enn tri- trickle down::\=
[Fr] ‘il dit que ça s’appelle un trickle down’
[1846.21 s] DOR: =(rires)
[1847.51 s] CHR: eum::: kouma {apel sa la/
[Fr] ‘euh comment on {appelle ça là/’
[1849.30 s] DOR: {f:::
[1850.26 s] JOR: dir ha {trickle down
[Fr] ‘on appelle ça {trickle down’
[1850.52 s ] CHR:
{trickle down effect sipa trickle down strategy/ enn zafer li’nn dir
[Fr]‘{trickle down effect ou trickle down strategy/ il a dit un truc du genre’ (ENR11 : DOR – FAM)

On peut remarquer que Christophe hésite pendant quelques tours de parole. Il y a co-construction du discours avec l’aide de Jordan qui tente de lui proposer une possibilité, mais Christophe hésite sur les deux possibilités qu’il présente. On pourrait penser qu’il s’agit d’une liste exhaustive composée de deux possibilités, mais l’intonation montante et l’énoncé enn zafer li’nn dir (‘il a dit un truc du genre’) montrent que Christophe n’est pas certain de ces deux possibilités et laisse la liste ouverte pour une éventuelle autre possibilité. En revanche ici, l’ensemble est exclusif, c’est-à-dire que seulement l’une des possibilités est correcte (parmi celles qui sont citées mais en incluant aussi les non citées).

Les possibilités ne sont pas orientées vers l’interlocuteur, mais marquent plutôt l’hésitation du locuteur ainsi que sa prise en considération de ce que lui propose son interlocuteur. Contrairement à ce que l’on aurait avec une question, l’interlocuteur n’a pas à répondre à cette hésitation, il ne le fait d’ailleurs pas. En ce sens, contrairement à ce que présente Schiffrin pour la particule or (Schiffrin 1987), sipa semble moins orienté vers les interlocuteurs que vers les locuteurs. Il ne s’agit pas d’une question qui lui serait adressée. Dans ma thèse (Chady 2018), j’effectue notamment un parallèle entre sipa et or qu’étudie Schiffrin. Pour Schiffrin, or serait plus orienté vers l’interlocuteur que vers le locuteur parce qu’il servirait à marquer la mise à disposition d’options à l’interlocuteur, plus spécifiquement, or offrirait des options inclusives. J’affirmais que sipa servait surtout à marquer l’hésitation du locuteur, cependant, cette affirmation doit être nuancée parce que si sipa sert effectivement à marquer l’hésitation, elle sert en effet également à indiquer à l’interlocuteur cette hésitation et à lui donner les éléments (ou du moins une partie) sur lesquels porte cette hésitation.

Étant donné que sipa sert à présenter un ensemble non exhaustif, contrairement au ou français ou créole mauricien ou au or anglais, il ne peut être utilisé dans une question pour présenter un choix exhaustif. Ainsi un énoncé tel que :

*Pou vakans, to ti al letranze sipa to’nn res Paris?

n’est pas possible mais on utiliserait plutôt ou :

Pou vakans, to ti al letranze ou to’nn res Paris?
[Fr] ‘Pendant les vacances, t’es parti à l’étranger ou t’es resté à Paris ?’

La question avec ou marque un choix exhaustif, c’est-à-dire où toutes les possibilités sont citées, ce qui est impossible avec sipa. Le choix est en outre clairement exclusif (soit tu es parti à l’étranger, soit tu es resté à Paris).

Par contre, si la question offre une possibilité d’un ensemble non exhaustif, sipa peut être accepté comme dans : To le bwar enn kafe sipa enn dite? (‘Tu veux boire un café ou un thé ?’). Cet énoncé sous-entendrait que le choix entre café et thé n’est pas exhaustif (bien qu’il puisse être exclusif), il s’agirait d’exemples d’un ensemble (de boissons) plus large. Généralement, la prosodie accompagne et joue un rôle important dans ces énoncés, on aurait en effet une légère montée intonative pour accompagner l’hésitation du locuteur (qui se retrouverait d’ailleurs avec ou en français ainsi qu’en créole pour marquer une liste non terminée).

On peut avancer que la frontière entre le rôle discursif et syntaxique de sipa n’est pas nette.

La présentation d’une partie d’un ensemble plus large se retrouve dans les énoncés avec sipa en tant que conjonction de subordination. Si nous reprenons l’extrait (2) avec quelques tours de parole de plus, nous pouvons interpréter au moins une partie des autres nationalités sur lesquelles pourrait porter l’hésitation de Dorian :

(4) [682.25 s] DOR: li koz kouma’ir Sara kan koz- kan koz kreol koumha
[Fr] ‘elle parle comme Sara quand elle parle- quand elle parle créole genre’
[684.52 s] CHR:
in:::/=
[684.97 s] JEA: =in::// li enn Anglaise//
[Fr] ‘ah ::// c’est une Anglaise//’
[686.56 s] DOR:
non li enn franse- mo ‘a kone ki- mo pa kone sipa li franse/ mo pann pran boukou ransegnman\
[Fr] ‘non c’est une Française- je sais pas- je sais pas si elle est française/ je n’ai pas pris beaucoup de renseignements\’ (Enr11 : DOR – FAM)

Suite à la description de Dorian (l’enquêtrice parlerait créole comme Sara), Jean pense que l’enquêtrice pourrait être anglaise. Ainsi lorsqu’en [686.56 s] Dorian dit : « mo pa kone sipa li franse/ » (‘je ne sais pas si elle est française’), le contexte conversationnel peut laisser penser que Dorian ne sait pas si elle est française ou bien anglaise. Et comme plus tôt dans la conversation Dorian explique que l’enquêtrice sait aussi parler créole mauricien, « mauricienne » peut donc apparaître comme une option. Ces options font partie des connaissances acquises durant la conversation et leur présentation peut ainsi être économisée. Les nationalités possibles peuvent ne pas se résumer pas à celles énoncées, mais ce seront certainement les premières convoquées mentalement par les interlocuteurs. Sa position syntaxique, ainsi que sa traduction en français, mènent à considérer si comme une réalisation concurrente de sipa. Néanmoins, en tant qu’introducteur à une question indirecte, sipa n’apparaît que deux fois dans le corpus.

Cette nuance selon laquelle d’autres possibilités n’ont pas été énoncées (parce que leur présentation ne paraît pas nécessaire), se retrouve dans l’exemple donné dans le dictionnaire : Mo pa kone sipa li travay zordi (je ne sais pas s’il travaille aujourd’hui) sous-entend « sipa li pa travay » (ou s’il ne travaille pas). « Sipa li pa travay » n’a pas besoin d’être énoncé puisque c’est ce à quoi l’on s’attend. Selon le contexte et les connaissances partagées par les interlocuteurs, les possibilités non énoncées pourraient être autres que celle-ci.

3.2.4. Sipa discursif

On retrouve sipa en fonction discursive dans un rôle d’introducteur à des éléments. Sipa a plusieurs effets de sens dans cette position, nous retiendrons ici qu’il peut marquer une forme de désengagement de la part du locuteur face aux éléments qu’il introduit. Dans les extraits suivants, remarquons que sipa introduit à chaque fois un seul élément et permet au locuteur de se désengager en présentant une forme d’hésitation. Dans l’extrait (5), le locuteur hésite en cherchant à sauver la face de l’interlocuteur et dans l’extrait (6), l’hésitation à l’aide de sipa permet de marquer une forme de mépris. Dans l’extrait (6), la locutrice montre qu’elle n’est pas familière avec cette série par son hésitation avec le nom de celle-ci à l’aide de sipa ainsi que par l’erreur qu’elle commet sur le nom, le titre étant en réalité Game of Thrones ». Le mépris est accentué par l’accentuation de la consonne [b] de « bidon ».

(5) [49.04 s] AME: ouais be: au fait- quand i’ te dit des trucs sipa trop CHARmants là i dit ça à toutes les
[Fr] ‘genre’
{filles (Enr14 : AME - STE)

(6) [338.93 s] COR: be-/ tu penses pas qui y a un seul dieu/ =
[341.37 s] DAR: non:=
[341.56 s] COR: =
que ce truc que tu regardes sipa Games of Throne-là c’est:: {c’est- Bidon
[Fr] ‘genre’ (Enr7 : COR - DAR)

Cependant, on peut remarquer dans l’extrait (7) que sipa peut n’être qu’un moyen de mise en scène du discours, Valérian introduit un chiffre précis à l’aide de sipa et sa deuxième intervention montre qu’il n’y a pas d’hésitation quant aux résultats obtenus par son ami.

(7) [184.77 s] VAL: li ti gagn sipa vintkat inite li/
[Fr] ‘il a eu genre vingt-quatre unités lui/’
[186.46 s] AUR:
we/
[Fr] ‘ouais’
[187.00 s] VAL:
‘ti gagn vintkat inite
[Fr] ‘il a eu vingt-quatre unités’ (ENR6 : AUR – VAL)

Ces usages peuvent se rapprocher du marqueur discursif genre français que l’on commence d’ailleurs à retrouver dans la variété de français utilisée par les jeunes Mauriciens.

3.3. Sipa ki et liste non exhaustive, exemplification

Les particules d’extension servent à marquer que les éléments qui précèdent appartiennent à un ensemble plus large dont tous les éléments ne sont pas explicités :

(8) [463.89 s] COR: au fait-/ je voulais faire sur la pauvreté\ la pauvreté/ sur l’enfance/ sipa ki/ ++ (Enr 9 : COR - PER)

Ces éléments « la pauvreté, l’enfance » apparaissent comme des exemples de sujet sur lesquels Coralie voulait faire un exposé pour l’école.

Dans certains cas, un seul élément est cité en exemple mais sous-entend un ensemble du même type.

3.4. Sipa ki en introducteur

Étant donnée la valeur de ki qui peut être pronom interrogatif ou adjectif interrogatif, il peut se retrouver comme dans sipa ki sans rien derrière mais aussi suivi d’un nom comme dans l’extrait suivant :

(9) [335.63 s] PAT: mem Élodie ta sa bann blag {kaka la
[Fr] ‘même Élodie ces blagues à la con là’
[337.51 s] ALE: {
we (rires) sipa ki ourit ankor
[Fr] ‘ouais (rires) je ne sais quel poulpe encore’ (Enr1 : ALE et PAT)

Ici, sipa ki introduit ourit (« poulpe ») comme un exemple des blagues dont fait allusion Patricia à propos d’Élodie. Il sert notamment à marquer l’approximation, l’hésitation d’Alexis.

Cette convergence de sipa et du français je ne sais pas permet en mauricien des constructions du type : sipa ki zafer ou son équivalent hybride sipa quelle affaire (« je ne sais quelle affaire ») qui apparaissent aussi en particules d’extension. On retrouve d’autres constructions hybrides françaises/créoles moins répandues, mais bien présentes dans le corpus, de sipa avec d’autres interrogatifs : sipa combien kilomet (« je ne sais combien de kilomètres ») sipa où (« je ne sais où »).

3.5. Sipa ki et balises de discours rapportés

Avec les particules d’amorce, les particules d’extension servent notamment à baliser le discours rapporté. Contrairement aux particules d’amorce, la non-appartenance des particules d’extension au discours rapporté ne semble pas poser de question. Cependant, les particules d’extension marquant la fin du discours rapporté ne figurent pas dans les premiers travaux sur le sujet. En effet, parmi ces travaux, particulièrement en pragmatique et sociolinguistique, les chercheuses comme Dines (1980), Aijmer (1985) ou Dubois (1992) se sont surtout intéressées aux particules d’extension sans évoquer les cas où elles servent de balises au discours rapporté.

Guerin et Moreno (2015) s’intéressent spécifiquement aux particules d’amorce et d’extension qui accompagnent le discours rapporté. Pour elles, faisant suite à Fauré et Verine (2004), les particules d’extension peuvent constituer les conclusions qui, avec les particules d’amorce, posent la rupture entre le discours citant et le discours cité. Avec les particules d’amorce, les particules d’extension font partie des trois éléments indispensables au discours rapporté, les deux autres éléments étant les propos rapportés eux-mêmes et la mise en scène de ces propos qui sert à leur assurer une valeur d’authenticité. Les particules d’extension, avec les particules d’amorce, ne sont pas envisagées uniquement comme des balises du discours rapporté puisqu’elles ne sont pas employées automatiquement et un même locuteur peut en utiliser différentes. Pour elles :

L’emploi de particules qui déclenche le recours à des informations non exprimées, implicites, serait donc lié à la connivence entre les interactants. Plus celle-ci est forte plus l’emploi de particules est efficace (Guerin & Moreno 2015 : 77).

Les particules d’extension balises de discours rapportés sont équivalentes, selon moi, aux autres particules d’extension dans leur fonction de signalement de fin de segments.

4. Approximation, incertitude et discours incomplet

On peut se demander si le connecteur sipa et la particule d’extension sipa ki servent à marquer une approximation, une incertitude ou un discours incomplet. Ces trois éléments ne sont pas équivalents.

Si sipa et sipa ki signalent que le locuteur énonce une partie d’un ensemble plus large, servent-ils pour autant à marquer un discours incomplet ?

On peut être d’accord avec l’analyse de Dubois (1992) pour qui les particules d’extension servent à marquer la fin d’énoncés en suggérant des possibilités multiples d’un ensemble. La particule d’extension sipa ki marque en effet la fin des segments et évite par la même occasion au locuteur de citer tous les éléments qui composent l’ensemble ; on a vu que sipa et sipa ki servaient à donner quelques exemples caractéristiques qui permettaient à l’interlocuteur de comprendre et de reconstituer l’ensemble. Le connecteur ne marque pas la fin des énoncés (sa situation dans l’énoncé n’est pas celle des particules d’extension), mais il signale les possibilités soit en les introduisant, soit en les séparant. Cependant, ces termes servent aussi à signaler que les éléments cités appartiennent à un ensemble plus large. On pourrait alors rapprocher cette position de celle de Channell (1994 : 173), pour qui l’usage de particules d’extension permet de répondre à la maxime de quantité de Grice (1979) : le locuteur ne donne pas plus d’informations que requis.

En revanche, on observe une différence d’effets de sens entre les différentes particules et connecteurs. Comme j’ai pu le montrer, les connecteurs conjonctions de subordination marquent l’incertitude : le locuteur indique à l’aide de ces connecteurs qu’il n’est pas sûr, qu’il hésite. Alors que tout le reste, connecteurs conjonctifs, particules d’extension, sipa ki introducteurs, sipa discursifs marquent l’approximation : le locuteur indique que son énoncé marqué par ces petits mots est approximatif. Sipa en tant que conjonction de subordination correspond ainsi à la conjonction si qui marque également l’incertitude français, mais on pourrait interroger le rôle des verbes introducteurs dans cet effet de sens.

5. Mise en scène du discours

En fin de discours rapporté, sipa ki semble marquer une approximation de ce qui est rapporté comme dans l’extrait suivant.

(10) [126.76 s] VAL: li dir (DR + imit) ouais j’ai pas pu apporter les maillots de bain sipa ki (DR) parce que ma sœur avait pris\ + avait caché sipa ki/ (Enr6 : AUR – VAL)

Cette particule d’extension cumule différentes interprétations, elle peut signaler à l’interlocuteur que le discours rapporté est approximatif, la personne n’a peut-être pas exactement dit cela, mais quelque chose qui s’en rapproche en tout cas. Ici, cette particule d’extension ajoute une nuance de dédain vis-à-vis de la locutrice dont les propos sont rapportés que l’on ne retrouverait pas forcément avec une autre particule d’extension ou dans un autre contexte, cet effet est accentué à l’écoute par la stylisation (ou imitation de la façon de parler) de la fille en question.

On observe alors une forme de paradoxe mis en avant par d’autres chercheurs concernant la présence des particules d’extension. Le discours rapporté direct est censé garantir une forme de désengagement face au discours rapporté de la part du locuteur, son effacement du discours d’un énonciateur externe afin de présenter les paroles comme authentiques (authenticité accentuée par l’imitation de la personne dont les propos sont rapportés, le non-ajustement des pronoms personnels, etc.) :

L’une des caractéristiques les plus souvent rappelées du discours rapporté direct concerne l’impression d’effacement du locuteur vis-à-vis des propos qu’il rapporte. Pour les conceptions traditionnelles, cette prétendue absence du locuteur dans le discours cité direct les conduisait à appréhender ce dernier comme uniquement représentatif de propos antérieurement tenus et à postuler, du même coup, son authenticité. Il est vrai que tout locuteur qui recourt à la stratégie du discours rapporté direct cherche à faire accréditer l’idée que les propos qu’il “rapporte” sont effectivement fidèles à des propos tenus (Vion 2004).

Et pourtant, les particules d’extension marquent en même temps l’approximation de ces propos.

Cette observation étaye l’hypothèse selon laquelle ces particules d’extension jouent un rôle primordial dans la mise en scène du discours. L’authenticité du discours semble importer moins que la présentation de quelques éléments essentiels caricaturant la scène qui permettront à l’interlocuteur de reconstituer la scène en se basant sur les connaissances partagées.

Cette mise en scène du discours à l’aide de la particule sipa se retrouve lorsque celle-ci n’est pas située en particule d’extension. Dans l’extrait suivant, Aurélien emploie 1 fois sipa discursif pour introduire un élément illustratif d’un ensemble plus large, 2 fois sipa ki en particule d’extension, dont 1 fois en tant que clôture de discours rapporté.

(11) [902.50 s] li pran enn kalite nisa ar Marie\ Marie inn met enn foto kan li ti tipti sipa ki/ ++ bann-la
pran nisa
sipa met (DR) Kirikousipa ki (rires)
[Fr] ‘il se moque de Marie d’une façon\ Marie a mis une photo de quand il était petit genre/ ++ les autres se sont moqués genre ils ont mis (DR) Kirikou ou chais plus quoi’ (Enr6 : AUR – VAL)

L’approximation marquée par l’usage de sipa et sipa ki peut être remise en question, ces particules semblent contribuer ici à la mise en scène du discours. Cela expliquerait son utilisation fréquente dans les conversations entre jeunes proches partageant des expériences communes (avec notamment la variante sipa kwa). Ferré observe ce phénomène en français avec tout ça qu’elle rapproche de « tu vois de quoi je parle », grâce à quoi « le locuteur fait simplement appel aux connaissances de l’interlocuteur sans attendre néanmoins de confirmation de sa part » (Ferré 2009).

6. Partage de connaissances et intersubjectivité

Les chercheurs s’accordent sur le fait que l’usage des particules d’extension par le locuteur repose sur les connaissances supposées partagées avec l’interlocuteur, ce qui permettrait à ce dernier de décoder le message. Pour Dubois, l’usage de particules d’extension dépendrait d’un accord tacite entre les interlocuteurs et participerait du processus interactionnel. Dubois insiste cependant sur le fait que les éléments auxquels font référence les particules d’extension sont majoritairement dépendants d’un contexte restreint et convoquent des associations et concepts partagés culturellement ou à titre individuel. Le décodage de particules d’extension peut solliciter les connaissances partagées uniquement entre les participants à la conversation, mais il se base aussi presque toujours sur la dynamique de la situation interactionnelle comme le lieu, le type d’interaction (débat, entretien, conversation), le sujet et le mode discursif. C’est également ce que l’on peut retrouver dans l’extrait (2) où sipa est pourtant en situation de conjonction de subordination, le reste de la conversation permet aux interlocuteurs de se représenter d’autres éléments de l’ensemble plus large non cités. Ainsi, pour Dubois, la particule d’extension joue un rôle anaphorique en référant à un ensemble plus large ce qui la précède mais reflète aussi des connaissances partagées spécifiques qui dépendent, dit Dubois (1992 : 182), du « degré d’intimité des participants au discours, et du déroulement de l’interaction10 ».

La question du partage de connaissances sous-tendant l’usage des particules d’extension se retrouve notamment dans l’article de Guerin et Moreno (2015) qui abordent les particules d’extension dans leur fonction de balise du discours rapporté. La présence des particules d’extension et des particules d’amorce pourrait être liée, selon elles, à la connivence partagée entre les interlocuteurs. Cette connivence peut tout à fait apparaître à un moment de l’interaction, sur un thème particulier sur lequel il serait présupposé que les interlocuteurs partagent des connaissances. Les auteurs des travaux sur les marqueurs discursifs avancent également cette hypothèse, les marqueurs discursifs témoigneraient d’une forte coopération entre les interactants pour le bon déroulement de l’interaction (Dostie & Pusch 2007 : 5). Pour Guerin et Moreno (2015 : 70), les particules d’extension « nécessitent une représentation partagée de la suite de la liste amorcée » témoignant ainsi du « partage de savoirs et/ou d’expériences ». Elles rejoignent ainsi à ce titre Overstreet (2000 : 11) : « These expressions are used by speakers to indicate assumptions of shared knowledge and experience, or to mark an attitude toward the message expressed, or toward the hearer ». Ainsi, des facteurs macrolinguistiques seuls ne peuvent permettre d’expliquer la présence de ces particules d’extension et « l’identité des interactants et le contexte influencent la présence de ouais et et tout parce qu’ils permettent le partage d’informations implicites nécessaires à la co-construction du sens » (Guerin & Moreno 2015 : 70). Mais Bernstein (1971) observe une distinction entre deux codes sociaux dont la principale différence vient du fait que le principe d’information du code de la working-class est implicite. Pour lui, l’implicite serait une caractéristique de la structure sémiotique des groupes construits sur une présupposition de lien.

Je reprends la définition de Traugott et Dasher (2001 : 31) de l’intersubjectivité :

« In instances where meanings come explicitly to index and acknowledge SP/W’s11 attitude toward AD/R12 in the here and now of the speech event, intersubjectification can be said to take place, for example, when non-honorifics are recruited to serve honorific purposes ».

L’intersubjectivité que l’on retrouve marquée par l’usage de sipa ki a bien été observée pour les particules d’extension en général. Cette intersubjectivité est ce qui entraîne des chercheurs à affirmer que les particules d’extension ou autres marqueurs discursifs ont un sens procédural. Selon la définition de Traugott et Dasher (2001 : 10), « procedural meanings are primarily indexical of SP/W’s attitudes to the discourse and the participants in it », l’intersubjectivité apparaît comme étant forcément procédural.

L’intersubjectivité se retrouve chez sipa en conjonction de subordination, et dans des constructions de ce type, ainsi qu’avec le disjonctif sipa dans l’extrait (1) et dans des constructions du même type avec des disjonctifs qui servent à fournir quelques éléments d’un ensemble dont l’interlocuteur comprend la nature.

Les études sociolinguistiques sur la question de la présence des particules d’extension ont surtout mis en avant ce nécessaire présupposé de partage d’expériences communes, ce type de relation se retrouve certainement plus chez des groupes ayant des relations denses et certains rapports intra-groupaux favoriseraient certains types de discours (les narrations avec discours rapporté entre amis proches par exemple) qui favoriseraient à leur tour la présence des particules d’extension. Cependant, d’un point de vue plus micro, on peut voir que l’intersubjectivité se construit aussi au fil d’une interaction et peut convoquer des connaissances supposées communes selon la situation ou le sujet abordé.

7. Conclusion

J’ai tenté de présenter dans cet article les usages de sipa ki en tant que particule d’extension et le lien qu’il entretient avec son équivalent non discursif, le connecteur sipa. Si j’ai pu mettre en avant le sens procédural de la particule d’extension sipa ki et de sipa discursif, j’ai aussi montré comment ils conservaient une partie du sens du connecteur sipa. Comme d’autres études ont pu le montrer, ce type de particules d’extension a ceci de particulier qu’ils se construisent sur des connecteurs, éléments qui ont des fonctions syntaxiques ; ces fonctions peuvent difficilement être écartées dans la construction du sens même si une autre partie du sens dépend fortement du contexte. Il ne semble pas y avoir une « désémentisation » complète et les particules, si elles acquièrent d’autres fonctions, basées sur les présuppositions, conservent néanmoins une partie de leur sens.

Par ailleurs, on peut aussi s’interroger sur la portée discursive de sipa lorsqu’il est employé en conjonction de subordination ou de coordination. Si ces connecteurs ne semblent pas directement solliciter une réponse de la part de l’interlocuteur, ils mobilisent en tout cas des connaissances supposées partagées afin que l’interlocuteur puisse reconstituer le message. On a aussi vu que d’autres caractéristiques, comme notamment la prosodie, renforçaient cet effet. En ce sens, ils permettent de construire une forme d’intersubjectivité.

Conventions de transcription

-

arrêt brusque d’un mot

/

intonation montante

\

intonation descendante

+

pauses plus ou moins longues - + de 0,5 secondes à 1 seconde - ++ de 1 sec à 1,5 sec +++ de 1,5 à 2 sec - au-delà de 2 sec, le temps est indiqué en secondes entre parenthèses (mesurées manuellement)

élision de son(s)

=

« latching », enchaînement rapide de deux tours de parole

( )

commentaires du transcripteur

{

chevauchement

fin du discours rapporté

(DR)

discours rapporté

:

allongements plus ou moins longs - le nombre de «:» dépend de la longueur de l’allongement (à l’oreille)

Références

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Nuo konektorių iki plečiamųjų dalelyčių: sipa ki reikšmė Mauricijaus kreolų kalboje

Shimeen-Khan Chady
Paryžiaus universitetas

Santrauka

Tyrėjai pripažįsta, kad plečiamosios dalelytės išlaiko dalį jas sudarančių elementų reikšmės, tačiau jų intersubjektyvi vertė už šią reikšmę didesnė. Kaip tik šis klausimas keliamas šiame straipsnyje, kuriame nagrinėjama Mauricijaus kreolų kalbos plečiamoji dalelytė sipa ki, savo sudėtyje turinti konektorių sipa. Remdamasi 2014 m. sudarytu šešių valandų trukmės įprastų pokalbių tekstynu, parodau, kokį vaidmenį ši dalelytė atlieka pokalbio dalyviams kuriant bendravimo ryšius. Sipa leidžia sakytojui sukonstruoti savo diskursą ir išreikšti savo požiūrį į jį: ne tik suteikia informacijos apie tai, kaip reikia interpretuoti pasakymus, bet ir suaktyvina bendras (numanomas) interaktantų žinias, reikalingas pranešimui rekonstruoti. Šią funkciją atlieka konektorius sipa, kuris, atrodo, daro įtaką plečiamosios dalelytės reikšmei, – net jeigu pastaroji turi ir kitų labai kontekstualizuotų reikšmių.
Raktažodžiai: plečiamosios dalelytės; Mauricijaus kreolų kalba; diskurso žymikliai; konektorius; sipa ki; interakcija; pragmatika

Date de soumission : le 17 janvier 2021

1 Le contact des langues dans les zones créolophones, surtout lorsqu’il s’agit d’un contact entre langues senties comme « proches » tel que celui entre un créole de base française avec le français, donne souvent lieu à des parlers où il est difficile de distinguer entre les deux langues. Pour expliquer brièvement, les éléments considérés à différents niveaux (conversation, séquence, échange, intervention ou énoncé et même terme) sont parfois sentis comme ‘plus françaises’ que créoles ou ‘plus créoles’ que françaises. Je me base dans ma thèse sur la façon dont les locuteurs assignent eux-mêmes différents éléments à différents parlers qui, s’ils ne correspondent pas à l’idée que l’on a des langues française ou créole, à l’image des langues standardisées, sont associés à des groupes présentant des différences socioculturelles.

2 Schiffrin (1987 : 128) explique à propos de son analyse du marqueur discursif or qu’à cause de son rôle dans le système grammatical anglais, il est nécessaire de considérer la possibilité que les propriétés grammaticales de ce type d’éléments contribuent à leurs fonctions discursives.

3 Ce corpus (Corpus Chady 2014) a été constitué pour mon travail de thèse, soutenue en 2018. Les données sont considérées comme étant toujours actuelles.

4 Cet argument concernant les marqueurs discursifs est cependant discutable. Les avis des chercheurs divergent sur ce sujet.

5 Je reviendrai par la suite sur la question du connecteur qui, pour moi, fait partie de la particule d’extension, ce qui ne semble pas être le cas pour Dubois.

6 Elle admet cependant que quelques rares occurrences apparaissent comme des « automatismes lexicalement vides » à l’instar de Brotherton (Brotherton, P. (1976). «Aspects of the Relationship between Speech Production, Hesitation Behaviour and Social Class», unpublished doctoral thesis, University of Melbourne.)

7 Cependant, on peut avancer que la politesse ou la volonté de ne pas perdre la face en ne voulant pas indiquer qu’on ne sait pas peut conduire à une absence de demande de clarification du discours du locuteur et faire que l’on se contente de reconstitutions approximatives.

8 Comme Dubois, j’emploierai plutôt le terme connecteur au lieu de conjonction afin d’insister sur leur importance d’un point de vue aussi bien syntaxique que discursif. (« I will refer to these as “connectors” to stress that their role is as much in discourse as it is in syntax ») (Dubois 1992 : 181).

9 Les titres des extraits représentent le numéro de l’enregistrement (Enr10), suivi des trois premières lettres de la personne qui a effectué l’enregistrement (DOR représente Dorian) et les personnes avec qui a été effectué l’enregistrement (ici, les amis et « FAM » pour d’autres enregistrements représente la famille).

10 Traduction de l’auteure.

11 SP : speaker – W : writer

12 AD : addressee – R : reader